| Anthony Ortega Quartet - Bonjour |
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Anthony Ortega, saxophone alto Écoute en ligne : plage n°3
Été 1991 : à l’invitation du Festival de Sorgues près d’Avignon, et après trente-huit ans d’absence, le saxophoniste Anthony Ortega retrouve la France pour quelques concerts et le bonheur de la poignée d’admirateurs qu’il compte dans le pays. En charge de la programmation, l’urgence de redonner la parole à ce musicien me paraissait évidente. Cela reste vrai, aujourd’hui encore ! En 1953, c’est comme membre de l’orchestre de Lionel Hampton qu’il visite Paris et y enregistre aux côtés de quelques-uns de ses fabuleux partenaires : Clifford Brown, Art Farmer, Quincy Jones, Jimmy Cleveland, Gigi Gryce et Henri Renaud. Des trois solos qui lui sont dévolus émerge l’influence parkerienne et, pour qui sait écouter (« Serenade to Sonny »), la petite fêlure qui annonce les dérapages ultérieurs. Pour l’heure, le saxophoniste fait ses classes. Né le 7 juin 1928 à Los Angeles, d’origine mexicaine, il étudie le saxophone avec Lloyd Reese, en compagnie d’Eric Dolphy avec lequel il court les jam-sessions californiennes. À la fin de son service militaire il entre dans l’orchestre d’Hampton (1951). Après son premier séjour parisien il quitte la grande formation du vibraphoniste, retourne en Europe, s’installe en Norvège où il rencontre sa femme, la pianiste Mona Ørbeck, et réalise quelques enregistrements (1954) qu’il fait éditer sous étiquette « Vantage » lors de son retour aux Etats-Unis. En 1955, il s’installe à New York, travaille et enregistre avec Dinah Washington, Quincy Jones, Billy Taylor, Nat Pierce, Herbie Mann et Maynard Fergusson mais ne survit qu’en jouant dans des boîtes de strip-tease. En 1959, il repart pour Los Angeles, écoeuré par le mauvais accueil réservé par la presse spécialisée à son album gravé pour le label « Bethlehem » (« Jazz for Young Moderns »). Il joue avec Paul Bley, Claude Williamson et les Lighthouse All Stars d’Howard Rumsey mais ne trouve que peu d’occasions de présenter sa propre musique, victime du racisme californien envers les « latinos ». Il ne se décourage pas, accepte toutes les besognes alimentaires, s’installe à Lake Tahoe et y accompagne les chanteurs de passage. Remarqué par le chef d’orchestre Nelson Riddle, il participe au show de la chanteuse Julie Andrews (1963) avant de regagner Los Angeles où il s’intègre aux formations de Don Ellis et de Gérald Wilson, retrouve Quincy Jones pour des musiques de films. Des musiques de films et de feuilletons de télévision (« Mannix »), pour Bill Conti ou Lalo Schiffrin, il en interprète suffisamment pour devenir le saxophoniste anonyme que tout le monde a entendu (le soliste du film « Gloria » de John Cassavetes, c’est lui). Jusqu’au coup d’éclat que constitue l’enregistrement en deux séances (15 octobre 1966 et 14 janvier 1967) de deux albums (« New Dance ! », « Permutations ») pour le petit label avant gardiste « Revelation ». En duo (avec le contrebassiste Chuck Domanico) et en trio (avec le contrebassiste Bobby West et le batteur Bill Goodwin) Ortega libère toute la musique qui est en lui et, standards ou compositions originales, laisse entendre un chant libertaire d’une radicale beauté. S’ils ne lui apportent pas la gloire, ces enregistrements (c’est à leur écoute que j’ai rencontré sa musique) lui confèrent le statut, pas forcément rentable, de musicien de légende auprès des amateurs curieux. Il retourne donc aux séances de studio et aux musiques de films, plus lucratives, tourne au Japon avec Percy Faith puis Quincy Jones (1972), se produit avec Frank Zappa, enregistre à nouveau (« A Delanto », « Rain Dance ») mais sans la flamme des albums « Revelation ». Lassé, il s'éloigne progressivement de Loos Angeles et s’installe près de San Diego, à Encinitas, jouant dans la région avec sa femme et son groupe, et des formations locales. Je n’oublie pas son étonnement, sa joie aussi, suite à mon appel téléphonique pour l’inviter au Festival de Sorgues. Puis son court séjour en France pour deux superbes concerts (avec Don Friedman, Michel Benita et Joël Allouche) à Rouen et à Sorgues, à Paris aussi, en duo avec le saxophoniste Thierry Bruneau. D’autres visites suivent dont témoignent les séances réalisées pour le label « Evidence » (« On Evidence », « Neuf ») en 1992 et 1994. Et puis, de temps à autres, coup de téléphone ou courrier, des nouvelles arrivent d’Encinitas. De la musique aussi, avec le très beau « Scattered Clouds » enregistré en juillet 2000 pour le label hatOLOGY, excellent prélude à un nouveau séjour en France. A Paris il retrouve ManueL Rocheman, Didier Levallet et Jacques Mahieux pour deux soirées au « Duc des Lombards ». 15 mars 2001 : à Avignon, sur la scène de l’Ajmi, Anthony Ortega aborde une nouvelle aventure musicale. Celle, lumineuse, que constitue cet enregistrement. Jean-Paul Ricard, directeur artistique de l’AJMI. |

















