René Bottlang, piano Guillaume Séguron, contrebasse Samuel Silvant, batterie
Écoute en ligne : plage n°9
From my window (morning) 6’17
I’m three 6’23
Fin novembre, début décembre 5’43
Rouge, red so wie rot 3’11
Mini paint box 2’09
Miro 10’35
Small components 4’17
Twelve months 12’12
From my windom (evening) 2’14
Scheinwerfer 6’30
Trilongo 4’44
All compositions by the trio / Temps total : 64’30
Terme (étape ?) d’un long périple « Solongo » (AjmiS éries AJM05) marquait le retour attendu du plus discret des grands musiciens voyageurs du moment. Et, surtout, de la séduisante petite musique construite au fil du temps et des rencontres diverses qui parsèment un itinéraire des plus singuliers dans le champ de la musique jazz. Marginalisé par son refus permanent des compromis ou des chemins trop balisés du consensus ambiant, René Bottlang s’attache davantage au sens profond et au bien fondé des choses qu’à leur inscription au registre des incontournables de l’éphémère mode du jour. Insaisissable arpenteur des chemins buissonniers de la musique, il se prête fort peu aux tentatives taxinomiques des marchands du Temple. Avec « Trilongo » c’est un nouveau départ que nous propose le pianiste. C’est aussi pour lui, pianiste de jazz, l’occasion de se confronter à une démarche nouvelle. Celle de la conversation à trois et de l’exercice difficile qu’elle représente depuis que Bill Evans, Scott Lafaro et Paul Motian en ont esquissé les lignes de forces au début des années 60. Si ces trois là ont fait école c’est moins vers leur conception de l’«interplay » que semblent se tourner Bottlang et ses deux jeunes complices mais, dans une mouvement plus libertaire, du côté d’un autre grand défricheur de la formule triangulaire : Paul Bley. Ceci posé, la comparaison n’a d’autre fonction que de situer l’enjeu du projet artistique qu’élaborent ensemble Bottlang, Séguron et Silvant. De signifier aussi le niveau de la prise de risque, pour Bottlang notamment, dont le jeu aborde une nouvelle dimension, moins familière aux oreilles de ses auditeurs les plus anciens habitués à un univers personnel qu’il mine ici de l’intérieur. Encouragé et soutenu en cela par la fraîcheur et l’enthousiasme créatif de ses partenaires dont la moindre des qualités n’est pas cette grande confiance qui les pousse à faire bloc et à ne rien s’interdire d’autre que la dérive individuelle. Cette approche collective de l’improvisation, qu’il faudra creuser encore, est la clef de l’enrichissement personnel (au plan musical, mais pas seulement !) de trois musiciens dont l’intensité des échanges, si elle requiert une attention constante, force le respect et s’annonce durablement surprenante. Avec « Trilongo », une aventure commence…